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[Interview] Lionel Bourrin – Insatiable et professionnel

Pas loin de 30 années de sport pour Lionel Bourrin, qui raccroche les crampons pour suivre la voie du fitness fonctionnel après 24 ans dans l’ovalie. Un parcours de vie qui ne laisse rien au hasard, Lionel est affamé de sport et ça se voit au CV !

Peux-tu détailler ton parcours qu’il soit sportif et/ou professionnel (avant la pratique du CrossFit)?

Côté professionnel, avant de monter ma box, j’étais manager d’une grande salle de Fitness qui avait la particularité de se situer dans un stade à Grenoble. Parallèlement, je gérais aussi ma propre société qui avait des traits de ressemblance coté physique au CrossFit, je coupais du bois, bref j’étais bûcheron !

Côté sportif, j’ai baigné dans le rugby pendant 24 ans non stop, de 8 ans à 32 ans, j’en ai fait pendant 2 ans mon métier car j’étais pro, le plus haut niveau que j’ai pu tutoyer était la PROD2.

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A quelle fréquence pratiquais tu le sport avant ta découverte du CrossFit (volume d’heures par mois) ?

Avant de rentrer à Grenoble, j’étais pro, donc matin musculation (1h30) et après-midi entrainement rugby sur le terrain (2h), du lundi au vendredi, avec match le dimanche.

Malheureusement, telle une société, mon club a fini par déposer le bilan et face à l’écœurement d’en arriver à une telle situation, j’ai pris la décision de rentrer dans ma famille à Grenoble ou j’ai d’abord monté ma société de bois, puis passer mon diplôme de coach sportif. A ce moment la, je jouais à plus bas niveau et je m’enquillais pas plus de 4h de musculation dans la semaine par manque de temps et fatigue du travail.

A-t-il eu un impact, positif ou négatif, sur ton niveau de fitness actuel ?

Le pratique de la musculation et le développement de ma VMA, m’ont permis de débuter avec un bon petit socle de départ quand on démarre le CrossFit… Bon, malheureusement la mobilité était un terme que l’on n’employait que rarement, le bagage gym inexistant (le tirage nuque n’étant pas équivalent à une vraie traction strict), et ce que je regrette le plus, c’est de ne pas avoir pu goûter avant à l’haltéro car dans mon club, elle n’était pas insérée comme méthode de préparation physique.

Depuis combien de temps fais-tu du CrossFit et à quel rythme (volume d’heure par mois) ?

J’ai débuté le CrossFit il y a maintenant 6 ans, quand j’ai été recruté pour monter le projet Fitness au stade des alpes de Grenoble.

Au départ, je ne dépassais pas les 3/4 séances par semaine, étant pris par l’aspect management et coach de cette structure , mais aussi par mon autre activité dont j’étais le gérant.

Après 3 années d’investissement physique, mental et financier, j’ai fini par décider de monter ma propre box, mais cela m’a valu 5 mois d’errance sans structure, ou il a fallu tricoter en urgence des entrainements champêtres, en pleine nature, avec mon petit matos en attendant de pouvoir prendre possession de mon bâtiment et d’en attaquer les travaux.

Aujourd’hui, ma box se porte bien, tout est cadré et structuré, cela me permet de me poser un cadre pour tout, j’arrive à me tenir à mes 2 entraînements / jour, optant pour la qualité et la variété des mouvements (1h15 environ de durée/entrainement).

Les Masters peuvent avoir un rythme de vie différent des -35ans, avec des familles et des carrières professionnelles à gérer. Il faut donc trouver un bon équilibre. Comment est-ce qu’on arrive jongler et comment peut-on trouver le juste milieu entre vie pro et sportivité ?

Les masters comme les -35ans peuvent connaitre le même cadre de vie, la différence est dans le degré d’exigence que l’on va s’imposer lorsque l’on gère sa propre société. Les heures, on ne les comptent plus, la partie immergée de l’iceberg (ménage,réparation, problème de fonctionnement ou autres) demandent du temps, parfois c’est ce temps là que l’on est obligé de piquer dans celui qui devait être consacré à la famille et aussi au sport. Il y a toujours des priorités, et il ne faut se tromper à certains mouvements !

Lionel Bourrin – Crédit: @bourrinlionel83 / Belgian Throwdown

Quelle image donne-t-on à son entourage quand on fait du CrossFit et que l’on est master ? Est-ce une image de sportif de « l’extrême » ou plutôt un modèle de détermination qui tire vers le haut une génération ?

J’ai la chance d’avoir ma maman qui pratique dans ma box, elle a 67 ans et elle aspire le respect de toutes et tous tellement elle est à fond !! C’est son défouloir, son rendez vous 4 fois / semaine ! Elle pousse les plus jeunes à ne pas se plaindre et à ne pas se relâcher sur un wod !

De mon côté, j’ai la chance de pouvoir m’exprimer sur de grandes compétitions, c’est aussi l’occasion de prouver que même si on avance dans le temps, le côté « plus coté à l’argus » reste des idées fausses !

Est-ce qu’un master influence plus facilement sa génération à s’inscrire dans une salle de CrossFit ?

Tout dépend de l’endroit ou il pratique. Le coté convivial est un ingrédient indispensable pour faire signer un master, se sentir encourager, accompagner lorsque l’on doute de ses capacités à un certain âge est facteur de valorisation. Si l’ambiance est bonne et le coaching surtout de qualité, le bouche à oreille prend effet !

Tu suis une programmation particulière ou tu as un accompagnement adapté ?

Je suis ma propre programmation, d’ailleurs, je vais bientôt lancer la mienne à partir de fin juillet, je m’appuis sur un bon pourcentage des wods du jour que je créé pour ma box.

Peux-tu détailler ton palmarès ou tes « succès » dans cette discipline ?

Mon 1er succès c’est d’abord d’aller chercher la difficulté, de me remettre sans cesse en question puisqu’en CrossFit rien n’est écrit nulle part, sauf pour Matt Fraser…

Lionel Bourrin – Crédit: CrossFit Strength in Depth / FrozenInTime 

En Juillet dernier, je suis parti à l’étranger chercher un nouveau drapeau pour ma box lors des Romanian Throwdown ou je me suis inscrit en élite et non en master, pour montrer que je ne suis pas un pâté en croûte ! Une 5ème place qui m’a satisfait vu le niveau qu’il y avait (dont mon pote Lazar Dukic 1er).

Je me rappelle encore du petit charriage sympa que m’a lancé Yo Gigord aux Affiliates Battle l’an dernier (2x fois vainqueur en 35/39: 2018-2019), qui m’a dit que c’était bien gentil mais qu’il serait bien que je redescende me frotter aux élites !

Niveau palmarès, j’ai gagné quelques compétitions: 2 fois les affiliates, les BENN, les Eastern Throwdown , fait 2ème aux French Throwdown l’an dernier, 2ème au German Throwdown, 3ème aux CrossFit Strengh in Depth cette année.

Mon meilleur résultat reste à mes yeux la 23ème place mondiale acquise lors des Age Group Online Qualifer l’an dernier mais qui reste insuffisante si tu veux aller aux Games (Top 10).

Vis tu aujourd’hui de ce sport ?

Je vis ce sport par mon métier de gérant et coach, non pas par la controversée étiquette d’athlète. Les « cash prices » des masters sont tellement maigres comparés aux élites que tu peux juste rembourser ton voyage !

Est-ce que tu as déjà été victime de blessure ? Si oui de quel type et pendant quelle durée ?

Oui, j’ai déjà été blessé, plutôt par ma faute et mon côté « ça va passer », j’ai pris 3 mois d’infirmerie pour une rupture partielle du tendon de coude (épicondyle), sinon rien de bien méchant, un dos qui parfois siffle un peu par une absence de sérieux dans les étirements.

Est-ce que l’on gère les blessures de la même manière en étant master ? Et cela a-t-il un impact dans la préparation ou à l’entrainement ? Volume de renforcement (par exemple)

Pour ma part, j’ai la même mentalité, le chiffre 36 et bientôt 37 n’ont rien changé à ma vie pour le moment, je continue à me mettre sur le toit lors de mes entraînements.

Quand une partie de son corps n’est plus fonctionnelle à l’entrainement, le recul et l’expérience que j’ai accumulé dans mon métier me permettent d’orienter ma préparation sur des mouvements accessibles sans solliciter la partie blessée.

Qu’est-ce qui te motive dans ce sport et t’amène à faire de la compétition ?

Le grand panel de mouvements, c’est limite un puit sans fond, il y a toujours à travailler !! Tu peux survoler un wod et rester en rade sur un autre !!! Etre moyen + de partout c’est ce que je dis toujours ! 

Coté compétition, j’ai toujours aimé me challenger, peu importe le sport, aller voir jusqu’où je peux aller, puis travailler pour être meilleur, pour être à l’heure et au rendez vous quand il faut y aller! j’adore me chercher de nouveaux rivaux, des mecs à qui tu diras bien joué à la fin du wod comme c’est le cas de mon pote Allemand Marc Fugger.

La France est la 4ème nation européenne et la 8ème nation mondiale master aux Open 2020* avec une progression du nombre d’athlètes français dans le top 2020 de plus en plus importante, comment expliques-tu ce bon classement?

Petit à petit, certains élites d’hier poussent la porte des Masters, et les Jeunes Masters viennent ensuite alimenter la catégorie des un peu moins jeunes, le niveau monte par conséquent même si, à mon sens, c’est aussi une question de génération, de cycle, par exemple des potes comme Julien Lopez et Manu Gauthier, dans 2 ans, ils vont venir me faire ch… ! lol .

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Lionel Bourrin – Crédit: Facebook / Lionel Bourrin

Question sur les AGOQ (Age Group Online Qualifier)

Si tu participes au Age Group Online Qualifier, comment prépares-tu cette période particulière ?

En effet, dans 1 semaine, jour pour jour, j’attaque les Age Group Online Qualifier, j’avoue que je suis tout excité et curieux de connaitre les 5 wods.

Je vais lever un peu le pied sur 2 jours (mercredi et jeudi) pour me mettre le bouillon vendredi et samedi (les 5 wods seront faits en 2 jours), dimanche rest et lundi je referai 3 wods, en gros ceux ou je me dirais « peux vraiment mieux faire ».

Avant cela, entrainement classique pour ne pas tomber dans un faux rythme.

Quels sont tes objectifs sur cette compétition en ligne ?

Me rapprocher de la zone magique bien entendu ! l’an dernier 23ème, disons que je serais tout de même satisfait si je reste dans le top 25.

*Nombre d’athlètes présents dans le top 200 des Opens 2020.

L’interview de Lionel a été réalisée une semaine avant de début des AGOQ. Il termine 16ème au classement provisoire en catégorie Master 35-39. Une très belle performance qui correspond à ses objectifs. Un grand merci et une bonne continuation pour la saison 2020 !

Retrouvez notre dossier sur les masters et la saison 2020